Crise chez BIG : Protestation, Licenciements et l’Avenir des Architectes à Londres

  • Accueil
  • Architect
  • Crise chez BIG : Protestation, Licenciements et l’Avenir des Architectes à Londres

Crise chez BIG : Protestation, Licenciements et l’Avenir des Architectes à Londres



Quand la colère éclate au cœur de l’architecture contemporaine

Début 2025, sous une pluie londonienne persistante, des pancartes rouges se sont dressées devant les bureaux de Broadgate. Les slogans visaient directement une figure emblématique de l’architecture contemporaine : « Bjarke Ingels, honte sur toi ! ».

Loin d’un simple incident isolé, cette mobilisation des employés du Bjarke Ingels Group (BIG) révèle des tensions profondes qui traversent aujourd’hui la profession. Une lutte pour la dignité, la reconnaissance et le respect des travailleurs de l’architecture venait de s’ouvrir publiquement.

La goutte d’eau : un plan de licenciement massif

Tout bascule à la fin du mois de novembre 2024. Le bureau londonien de BIG perd un projet majeur, mobilisant près de la moitié de ses effectifs. En réponse, la direction annonce un plan de restructuration brutal.

Soixante-douze salariés sur cent soixante sont directement menacés, soit près de 45 % de l’équipe. L’ampleur de la coupe et la rapidité de l’annonce provoquent une onde de choc immédiate. Pour beaucoup, cette décision marque une rupture profonde entre les discours inspirants de l’agence et la réalité vécue par ses employés.

« Honte sur toi » : une mobilisation syndicale sans précédent

Face à cette situation, les salariés s’organisent rapidement. Soutenus par la Section des Travailleurs en Architecture (SAW) du syndicat Unite, ils se regroupent et agissent collectivement.

En quelques semaines, plus de quatre-vingts employés rejoignent le syndicat, un record historique pour un studio d’architecture privé au Royaume-Uni. Cette dynamique aboutit à la manifestation du 3 février 2025, devenue symbole de la contestation.

Les manifestants dénoncent alors un contraste jugé insupportable : alors que des licenciements massifs sont annoncés, l’entreprise aurait versé près de 7 millions de livres de dividendes à ses actionnaires. Ce décalage nourrit un sentiment d’injustice et renforce la détermination collective.

Le mur du silence : un dialogue social refusé

Malgré une représentation syndicale majoritaire, la direction de BIG refuse toute négociation formelle avec Unite. Les propositions alternatives, comme la mobilité vers d’autres agences européennes du groupe pourtant en phase de recrutement, sont écartées.

La stratégie choisie privilégie une exécution rapide du plan social, laissant peu de place au dialogue. Cette posture accentue la défiance et cristallise la colère des salariés, qui se sentent ignorés malgré leur mobilisation massive.

La défense de BIG : légalité et communication maîtrisée

Face à la médiatisation croissante de l’affaire, la direction de BIG London communique par voie de presse. La directrice générale, Henriette Helstrup, confirme la perte du projet et insiste sur le respect strict de la législation britannique.

Elle affirme mener un dialogue individuel « réfléchi et constructif » avec les salariés concernés. Toutefois, aucune réponse officielle n’est apportée à la protestation collective. Ce silence est perçu par beaucoup comme un manque de considération et d’écoute.

Architecture en 2025 : derrière le glamour, la précarité

L’affaire BIG dépasse largement le cadre d’un seul studio. Elle met en lumière une réalité souvent masquée par la culture des « starchitectes ». Derrière les images iconiques et la notoriété internationale se cachent des conditions de travail marquées par la pression, la précarité et l’instabilité.

De nombreux jeunes architectes acceptent ces contraintes au nom de la passion et du prestige. Pourtant, les conflits récents, comme ceux observés chez Snøhetta à New York, témoignent d’un changement profond de mentalité au sein de la profession.

La syndicalisation, une nouvelle arme pour les architectes

La mobilisation chez BIG illustre une tendance de fond : la montée en puissance de la syndicalisation dans les métiers de l’architecture. Longtemps perçue comme incompatible avec une profession créative et libérale, l’action syndicale devient aujourd’hui un outil pragmatique.

Face à l’instabilité économique et aux restructurations rapides, rejoindre un syndicat apparaît comme un moyen efficace de rééquilibrer le rapport de force et d’imposer un dialogue collectif là où l’approche individuelle échoue.

Leçons à tirer de la crise pour les professionnels

Cette crise offre des enseignements précieux pour l’ensemble du secteur. Elle démontre la force de l’action collective lorsque la majorité des salariés s’organise. Une forte densité syndicale confère un poids réel dans toute négociation.

Elle rappelle aussi l’importance d’exiger des alternatives aux licenciements secs : mobilité interne, formation, adaptation des compétences ou réduction temporaire du temps de travail. Enfin, la transparence financière devient un levier clé face aux décisions stratégiques des directions.

Vers un avenir plus équitable pour la profession

La contestation chez BIG pourrait marquer un tournant durable pour les droits des travailleurs de l’architecture en Europe. Elle questionne un modèle fondé sur le sacrifice personnel et la passion comme justification des excès.

L’avenir de la profession dépendra de sa capacité à intégrer des pratiques managériales plus justes, humaines et transparentes. Construire une architecture durable ne concerne pas seulement les bâtiments, mais aussi celles et ceux qui les conçoivent. Le bien-être au travail devient désormais un pilier de la performance collective.


Agence Magnabal Architecte

Coordonnées

07  64  61  65  17

agence@magnabal.com

Nos bureaux
1 rue Antoine Courthieu, 31500 Toulouse, France
14 rue Jean de la Fontaine, 81400 Carmaux, France
Haut